Haie vive

2014-2017

Enquête, chemin balisé, sculpture végétale

Domaine de Belval – Ardennes . Commande de la Fondation François Sommer

2017: Animer le paysage, sur la piste des vivants, Musée de la chasse et de la nature, Paris

Photo: Thierry Boutonnier

Photo: Thierry Boutonnier

 

Comment représenter nos campagnes marquées par l’érosion de la biodiversité, la désertification des territoires et le délitement du tissu social ? Alors que la population des agriculteurs ne cesse de décliner, comment s’associer à eux pour amender la terre en cultivant des habitats vertueux ?

En 2014, le musée de la Chasse et de la Nature m’a invité au domaine de Belval, dans les Ardennes, pour élaborer une œuvre autour de ces questions. Au fil des rencontres, le maïs a jailli et est devenu le mobile de nos marches.

Issue de la mondialisation engagée depuis des siècles, le maïs est une plante commune qui fait parler, un levier d’enquête. En fonction de leurs parcelles et de leurs plans d’assolement, les agriculteurs y ont contribué. Leurs propos balisent ce sentier co-construit avec eux entre le GR14 et le GR aux Marches de la Meuse. J’invite à lire le paysage que les agriculteurs écrivent. Nous cheminons autour de leurs souvenirs, de leurs doutes et de leurs interrogations sur l’avenir.

Photo: Thierry Boutonnier

Photo: Thierry Boutonnier

En suivant le cycle du maïs, Thierry Boutonnier a tissé un chemin, qui, lors d’une étape dans le verger pédagogique du Domaine de Belval, propose au promeneur de se perdre dans le labyrinthe d’une haie vive, plantée de charmes tressés, d’ail des ours, de fraisiers, pour embrasser la complexité du vivant.

 

Boileau, éleveur de bovins lait, raconte la légende du maïs, plante miracle venue sauver ceux de l’Argonne, région agricole du sud des Ardennes. « L’arrivée du maïs ? C’était une curiosité. Quand on donnait ça aux vaches, c’est sûr, ça pissait le lait. Et pour engraisser les bêtes, pareil. C’était un peu la plante miracle à un moment. Mais le problème avec l’ensilage, c’est que c’est acide. Les vaches se mettent à distiller. Un véto m’a dit que 50 kg de ce fourrage de maïs équivalaient à 3 litres de whisky ! C’est une distillerie ambulante, la vache, elle ne dure pas longtemps quand elle en mange de trop… ».

Thierry Boutonnier

Thierry Boutonnier

 

Dans le champ des frères Pascal et Bruno Juillet, éleveurs laitiers, le rose fluorescent de cette graine de maïs enrobée par un traitement phytosanitaire, à demi cachée sous une terre inerte, signe une modification des cultures. Le maïs, plante tropicale, fut hybridé pour être cultivé sous nos latitudes. Le brevetage du vivant hérite de cette technique et contraint chaque année l’agriculteur à racheter ses semences. Des modèles d’agroécosystèmes complexes se muent en une agriculture intensive et spécialisée.

Thierry Boutonnier

Thierry Boutonnier

Dans le champ des frères Pascal et Bruno Juillet, éleveurs laitiers, le rose fluorescent de cette graine de maïs enrobée par un traitement phytosanitaire, à demi cachée sous une terre inerte, signe une modification des cultures. Le maïs, plante tropicale, fut hybridé pour être cultivé sous nos latitudes. Le brevetage du vivant hérite de cette technique et contraint chaque année l’agriculteur à racheter ses semences.

Des modèles d’agroécosystèmes complexes se muent en une agriculture intensive et spécialisée. Le maïs n’est pas en lui-même un agent de destruction. Mais la façon dont on le cultive déséquilibre tout un habitat sur lequel l’homme joue pour l’instant la tactique de la terre brûlée.

Photo: Thierry Boutonnier

Photo: Thierry Boutonnier

L’agriculture transforme notre habitat. Le paysage, dont les agriculteurs sont les scribes, traduit cette transformation. Aujourd’hui, ils tracent des sillons suivant un brouhaha assourdissant et beaucoup d’énergies fossiles. Que lire dans ce paysage ? Des terres nues rayent l’horizon de Réingrève. Avec d’autres mots que les scientifiques, les agriculteurs constatent les nouveaux déséquilibres. « De nos jours, à cause du changement climatique, cela va devenir impossible d’être paysan. C’est vrai ! On aura un mois de pluie sans arrêt, un mois de sécheresse terrible… En ce moment, on n’a pas le temps qu’il faut. Ce n’est pas normal, ça change terriblement. L’année dernière, l’entreprise de travaux agricoles avait semé du maïs et, en trois jours, il était noyé. Cela n’était jamais arrivé. Noyé au mois de mai ! » M. Bestel renchérit : « Jamais mon père n’avait parlé d’autant de fluctuations météorologiques. Il y a plus de catastrophes. On doit adapter nos façons de cultiver, choisir des indices plus tardifs pour les semences. » Son regard me transperce et il ajoute : « Mais est-ce que l’on ne se fait pas du tort à nous-mêmes au bout d’un moment ? ».

Remerciements:

Merci à tous les habitants et les agriculteurs du Canton de Buzancy, Bruno et Pascal Juillet, David Pierrard et l’ensemble de l’équipe du domaine de Belval, la Fondation, Anne de Malleray, Claude d’Anthenaise, Raphaël Abrille,  François Sommer, Sylvain Gouraud et Julien Grosjean.

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